Accompagnement des personnes auteurs de violence

Elisabeth Perry, psychologue clinicienne, psychothérapeute & psychotraumatologue à Nancy

Mon travail thérapeutique avec les personnes auteurs de violence

L’engagement auprès de personnes auteurs de violence n’a rien d’évident.
Souvent motivée par l’opinion publique et sous la pression de bon nombre d’acteurs, la réponse sociale à la violence n’est envisagée que de l’endroit des victimes, les auteurs n’étant pris en compte qu’au regard de la sanction que méritent leurs actes. Ils sont condamnés, damnés parmi les damnés. Si certains d’entre eux ont commis des actes qui les ont projetés dans un autre monde, là où l’humanité défaille quand l’impensable est advenu, d’autres recherchent activement de l’aide pour comprendre et apprendre à faire autrement sans la violence. Il appartient, me semble-t-il, aux professionnels de pouvoir penser la violence afin de pouvoir l’accompagner, tant auprès des victimes que des auteurs, ce afin qu’elle puisse se transformer véritablement en actes positifs ou réparateurs. Au delà de l’arrêt de la violence, de la prévention de sa récidive, il importe d’apporter une aide à chacun des protagonistes, cela d’autant plus s’ils sont liés par des liens conjugaux, familiaux ou relationnels.

Redonner de l’espoir et une chance à la vie...

« Nous avons mérité notre peine mais nous n’avons pas mérité de désespérer » disait un détenu.

Pour redonner de l’espoir et une chance à la vie, et pour la vie, il est nécessaire d’offrir aussi un accompagnement thérapeutique aux personnes auteurs de violences afin de les aider à relire humainement leurs actes, à se comprendre et à revisiter leur vécu, à travailler les racines de leur violence, souvent ancrée dans leur histoire personnelle et leur éducation. Ainsi, notre expérience d’accompagnement montre que 40 à 50% des auteurs de violence réagissent à des vécus traumatiques antérieurs. D’autres encore sont coupés de leurs sensations, de leurs émotions, ne savent pas ou plus les lire ou encore ne savent pas comment les gérer lorsqu’elles surviennent. D’autres ne savent pas gérer des états de tension et de stress qu’ils ont pris l’habitude de projeter sur les autres.
D’autres sont au prise d’états dépressifs et se trouvent démunis pour accéder à leur origine personnelle ou biographique. Et puis, la société a formaté certains d’entre eux pour être forts, virils, peu à l’écoute de leur sensibilité et de leur intériorité. Dans nos sociétés et dans certains environnements, la violence a parfois été valorisée comme affirmation de la masculinité. 

Offrir une alternative thérapeutique à la violence...

«  Si les hommes sont le problème , ils sont aussi une partie de la solution » disait Bruno, un auteur de violences conjugales et intrafamiliales.

Conscient des conséquences psychotraumatiques dramatiques de sa violence pour sa compagne et pour son fils, il a accepté sa peine, tout en revendiquant activement qu’elle soit assortie d’une réelle obligation de soin, contrôlée par la justice, le temps qu’il puisse s’y engager pleinement, c’est-à-dire totalement et ne pas s’y soustraire.
Offrir une alternative thérapeutique à la violence est notre ambition car nous savons que c’est une chance pour aider l’auteur à changer, à apprendre à faire, à vivre et à entrer en relation autrement que par la violence. C’est une réelle chance pour lui, pour son entourage, pour la société.

Au delà de la justice et de la police ou de la gendarmerie, l’auteur a peu d’occasion de parler de ses actes, du sens et des conséquences de ceux-ci. Une orientation vers un dispositif approprié et spécialisé lui est rarement proposé par les professionnels qui, souvent n’envisagent rien d’autre pour lui que la sanction. Si celle-ci est nécessaire et incontournable pour poser des limites, contenir les risques de récidive et apporter une réponse au niveau des actes posés, dans le respect, la sécurité et la restauration des victimes dans leurs droits, seule elle est insuffisante à empêcher la récidive.
Mais, les professionnels ont parfois du mal à rencontrer l’auteur et/ ou à évoquer cette question avec lui.

Développer une approche thérapeutique spécialisée...

L’accompagnement thérapeutique proposé aux personnes auteurs demande une approche spécialisée qui exige une prise en charge individuelle et collective de la thématique Violences, ce à plusieurs niveaux : relecture accompagnée des faits pour en cerner la dynamique, évaluation partagée et gestion des risques de récidive, apprentissage d’outils de gestion des risques de passage et stratégies de contournement, mise à jour et travail sur les causes profondes biographiques et/ ou psycho-traumatiques. L’accompagnement se fait en partenariat avec la personne qui est obligatoirement actrice des décisions et des changements à opérer. L’obligation de soin, même si le terme est mal choisi, est parfois nécessaire pour pouvoir engager un travail. Le processus ne peut commencer que s’il y a reconnaissance du problème et de sa responsabilité par la personne auteur.
Une alliance de travail se crée progressivement entre le thérapeute et la personne, à travers une relation thérapeutique basée sur une capacité d’accueil de la personne au delà des actes posés et de leur justification. Celle-ci est parfois délicate pour le thérapeute qui doit éviter tout risque de collusion ou de jugement pour un travail thérapeutique réel et authentique.

En lien avec l’association Terres A Vivre, je propose une thérapie intégrative globale prenant en compte plusieurs approches thérapeutiques permettant d’accompagner la personne dans toutes les composantes du problème : comportementale, émotionnelle, corporelle, psychique, psycho-traumatique, sociale, culturelle, etc..
Cet accompagnement s’ajuste au processus de la personne. Il doit prendre en compte les facteurs de risque et tous les déterminants de la violence. C’est pourquoi il est spécialisé.

Le dispositif d’accompagnement que j’anime et que je coordonne, en lien avec l’association Terres à Vivre, propose :

Un accompagnement thérapeutique individuel sur RDV.

Un groupe de paroles à orientation thérapeutique «  Paroles d’hommes ».

Un stage de sensibilisation «  Violences conjugales et intrafamiliales ».

Un travail sur le corps à partir de la boxe, la psychoboxe ®, afin d’aider à mieux gérer les mouvements du corps tels qu’engagés dans la violence, les affects et les vécus associés et à mettre des mots là où auparavant il y avait risque de passage à l’acte violent.

L'association Terres À Vivre, adhérente de la Fédération Nationale des Associations et des Centres de prise en Charge d'Auteurs de Violences conjugales & Familiales (FNACAV), inscrit ses actions à destination des personnes auteurs de violences dans le respect de la charte de la FNACAV.

Jean

"Mon expérience a été un événement hautement et profondément marquant. Je ne pensais que cela allait provoquer autant de mouvement en moi. C'est une expérience forte qui vient toucher des endroits rarement explorés. Je ne soupçonnais pas tant de nœuds inscrits dans le corps. Cela réveille du très ancien, cela m'apporte de la fierté. C'est un véritable travail sur moi-même qui me traverse de part en part. J'y suis bien, heureux !"

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